Tour de Lombardie: sans le roi Pogacar, une occasion en or pour Evenepoel et Seixas
Plus que toute autre course, le Tour de Lombardie est le royaume de Tadej Pogacar. L'absence du quintuple vainqueur sortant samedi pour la 120e édition offre une ouverture inespérée à ses habituels dauphins, à commencer par Remco Evenepoel et Paul Seixas.
Une classique des feuilles mortes sans Pogacar, qui a mis un terme à sa saison après sa chute sur la Vuelta fin août, renvoie à une autre ère du cyclisme: celle d'avant la pandémie du Covid lorsque les cols lombards se grimpaient moins vite et les vainqueurs changeaient tous les ans.
Vincenzo Nibali, Thibaut Pinot, Esteban Chavez, Jakob Fuglsang... les derniers coureurs à avoir remporté le cinquième Monument de la saison avant le règne de Pogacar sont à la retraite, à l'exception notable du Néerlandais Bauke Mollema, vainqueur de l'édition 2019, qui, à bientôt 40 ans, disputera sa dernière course professionnelle samedi.
C'est dire à quel point le forfait de Pogacar, le seul à s'être imposé à cinq reprises en Lombardie avec Fausto Coppi, change la donne dans la plus montagneuse des classiques qui se déploiera une nouvelle fois sur un parcours intransigeant (239 km pour 4.600 m de dénivelé) entre Bergame et Côme.
Pour briguer la succession du monarque, Remco Evenepoel est le premier à lever la main.
- Il a frôlé la mort en 2020 -
Deuxième derrière Pogacar l'an dernier à Bergame, aux Mondiaux et aux Championnats d'Europe, le Belge est le principal rival du Slovène sur les courses d'un jour vallonnées, comme Mathieu van der Poel l'est sur les classiques pavées et Jonas Vingegaard l'était sur les grands Tours.
S'il a raté son rendez-vous mondial à Montréal, Evenepoel a tenu son rang aux Championnats d'Europe en Slovénie dimanche dernier en s'imposant devant Giulio Ciccone qui sera aussi à surveiller sur ses terres pour sa dernière course avec Lidl-Trek.
Une première victoire sur les rives du lac de Côme, où il sera très bien entouré (Roglic, Pellizzari, Hindley,...), permettrait à Evenepoel de changer définitivement la nature de son rapport avec le Tour de Lombardie, six ans après avoir frôlé la mort.
Après avoir raté un virage dans la descente du Mur de Sormano, il avait basculé dans le vide et chuté une dizaine de mètres en contre-bas, victime d'une fracture du bassin et d'une contusion pulmonaire.
Deux autres dauphins de Pogacar sur un Monument cette année feront partie des favoris samedi: Tom Pidcock, battu au sprint par le Slovène à Milan-Sanremo, et Paul Seixas, le seul à avoir réussi à suivre un peu Pogacar à Liège-Bastogne-Liège pour prendre une magnifique deuxième place.
- Seixas "favori légitime" -
Le phénomène lyonnais, tout juste 20 ans, est en lice pour une première victoire française dans un Monument depuis celle de Julian Alaphilippe à Sanremo en 2019. Et "Il Lombardia" est sans doute celui qui convient le mieux à ses qualités intrinsèques de grimpeur.
Très dur avec lui-même après sa déception des Mondiaux (15e), le leader de Decathlon CMA CGM a zappé les "Europe" pour mieux se concentrer sur le Monument italien où il avait pris une prometteuse septième place à sa première participation l'an dernier.
"Mes ambitions, je les fixe haut. Mes sensations sont toujours très bonnes. Je n'ai pas peur de dire quand je pense que je peux être dans la bataille pour la victoire", a-t-il déclaré vendredi lors de la présentation des équipes à Bergame.
"Il a toutes les armes pour être un légitime favori du Lombardie demain", souligne son directeur sportif Julien Jurdie qui a rameuté toute la garde rapprochée de Seixas (Prodhomme, Benoot, Riccitello, Labrosse,...) pour conduire le prodige au triomphe.
Mais l'absence de Pogacar réveille aussi les ardeurs dans son propre camp. Habitués à jouer les lieutenants de luxe chez UAE, le Mexicain Isaac Del Toro, magré une douleur au genou, et l'Américain Brandon McNulty, le nouveau champion du monde, ont eux aussi une occasion en or d'accrocher l'une des cinq plus grandes classiques du calendrier à leur palmarès.
Et mieux vaut savoir en profiter avant le retour programmé du roi, dans une ère où Pogacar et van der Poel, également absent samedi, ont remporté, à eux deux, douze des treize derniers Monuments, avec le seul Wout Van Aert pour briser la série lors du dernier Paris-Roubaix.
Y.Suarez--LGdM