Xi en visite en Egypte, dans l'ombre de la guerre au Moyen-Orient et des sanctions américaines
Le président chinois Xi Jinping est arrivé mardi soir en Egypte, sa première visite en dix ans, au moment où la guerre au Moyen-Orient et les sanctions américaines menacent ses intérêts économiques.
Au septième mois d'un conflit qui n'en finit pas, les Etats-Unis ont récemment lancé un avertissement aux pays continuant à commercer avec l'Iran, menaçant de les couper du système financier occidental.
Pékin, partenaire majeur de Téhéran, en particulier pour le pétrole, est en première ligne et cherche l'appui du Caire, dont les banques sont aussi ciblées.
Xi Jinping est arrivé en soirée au Caire, où il a été accueilli par son homologue Abdel Fattah al-Sissi, ont constaté des journalistes de l'AFP.
Pendant cette visite de deux jours, les deux hommes doivent s'entretenir "d'un certain nombre de questions régionales et internationales d'intérêt commun", dont la guerre régionale, le commerce et les investissements, selon un communiqué du bureau du président égyptien.
- "Levier diplomatique" -
"La visite de Xi intervient à un moment où les intérêts économiques de la Chine sont directement exposés à la guerre entre les Etats-Unis et l'Iran", commente pour l'AFP Gamal Salama, professeur de sciences politiques à l'université de Suez.
"La Chine considère Le Caire comme un acteur stratégique influent", souligne-t-il. "Ses relations tant avec Washington qu'avec les acteurs régionaux peuvent offrir à Pékin un accès politique et un levier diplomatique dans une région" où le géant asiatique "veut avoir davantage voix au chapitre".
L'Egypte, qui bénéficie de longue date d'une aide militaire américaine, a participé aux efforts de médiation dans le conflit au Moyen-Orient et a mis en garde en juillet contre une "escalade", après une attaque de drone sur un de ses ports.
"La Chine cherche clairement à obtenir la coopération de l'Egypte pour gérer et orienter les affaires régionales", confirme Liu Jia, chercheur au Middle East Institute, basé à Singapour.
Elle est aussi soucieuse de renforcer sa coopération avec les alliés de Washington, en amont de la visite de Xi prévue ce mois-ci aux Etats-Unis. Le roi de Jordanie, pays également entraîné dans la guerre, s'est ainsi récemment rendu à Pékin.
- "Autonomie stratégique" -
Avec Abdel Fattah al-Sissi, Xi Jinping devrait aborder la question de l'Iran et du stratégique détroit d'Ormuz, de la mer Rouge et de Gaza, selon les médias au Caire.
"Je me réjouis de renouer nos liens d'amitié (...) afin de définir un nouveau plan d'action visant à approfondir le partenariat stratégique global entre la Chine et l'Egypte", a écrit Xi dans une tribune publiée mardi dans la presse égyptienne.
Des accords sur l'intelligence artificielle (IA), les centres de données et la zone économique du canal de Suez sont notamment attendus.
La Chine, qui jouit d'un important excédent commercial avec l'Egypte, s'est imposée comme un acteur incontournable au Moyen-Orient, multipliant partenariats énergétiques et investissements.
A travers cette visite du président chinois, qui intervient après des exercices militaires conjoints menés au mois d'août, l'Egypte recherche avant tout "l'autonomie stratégique: ne pas rompre avec Washington, ne pas s'aligner complètement sur Pékin, mais dégager une marge de manoeuvre suffisante pour défendre ses propres intérêts", résume Gamal Salama.
H.Jimenez--LGdM