Référendum en Guinée-Bissau: dépouillement en cours après un vote sans engouement
Les bureaux de vote ont fermé dimanche soir en Guinée-Bissau, où les opérations de dépouillement ont commencé après un référendum constitutionnel qui n'a pas suscité l'engouement des électeurs et vise à passer à un régime présidentiel fort pour remplacer l'actuel système semi-parlementaire.
Dans la capitale, Bissau, le dépouillement se poursuivait dans la soirée.
Les premiers résultats provisoires pourraient être annoncés à partir de mardi.
Dans un point de presse dimanche soir, Idrissa Djalo, secrétaire exécutif de la Commission nationale des élections (CNE), a annoncé un taux de participation "qui dépasse 55%".
"Le vote s'est déroulé de manière organisée sur l'ensemble du territoire national, avec une affluence satisfaisante dans certaines régions, notamment Bissau, Biombo, Oio, Bafata", a-t-il ajouté.
La CNE estime que "le vote s'est déroulé dans l'ensemble sans incident qui serait de nature à mettre en cause la crédibilité du scrutin".
Après le Zimbabwe, la Guinée, le Togo, l'Ouganda et le Tchad ces dernières années, il s'agit du dernier exemple en date d'un pays africain qui a souhaité modifier ou changer sa Constitution pour étendre la durée des mandats, supprimer les limites d'âge ou renforcer les prérogatives du pouvoir exécutif.
L'opposition avait appelé à boycotter le référendum, notamment le PAIGC, parti historique ayant mené la Guinée-Bissau à l'indépendance en 1974. Il avait dénoncé l'organisation d'un référendum "dans un contexte de restriction des libertés publiques" et un climat politique tendu.
Ce scrutin était une étape cruciale dans ce pays dirigé par une junte depuis le 26 novembre dernier, qui est censée organiser le retour au pouvoir des civils lors d'une élection présidentielle prévue le 6 décembre.
- Pas d'affluence des électeurs -
Le pays lusophone d'Afrique de l'Ouest a connu cinq coups d'État et une kyrielle de tentatives de putsch depuis son indépendance du Portugal en 1974.
Le référendum, organisé en pleine saison des pluies, particulièrement intense dans cette région, n'a pas attiré des foules d'électeurs.
Ces derniers étaient appelés à approuver ou non un projet de nouvelle Constitution, qui vise principalement à remplacer le système semi-parlementaire par un régime présidentiel fort en octroyant au chef de l'État le pouvoir de nommer et révoquer le Premier ministre et le gouvernement et de dissoudre le Parlement.
L'objectif affiché par les autorités de transition est de stabiliser les institutions avant la présidentielle.
"Ce que nous cherchons après ce référendum, c'est de permettre à celui qui gagne les élections de terminer son mandat dans la quiétude", avait déclaré plus tôt dimanche à la presse le chef de la junte et président de la transition, le général Horta N'Tam.
A Bissau, après un démarrage timide dû une pluie intense, les électeurs ont afflué à la mi-journée, mais le rythme a ensuite nettement baissé.
Dans les régions de Tombali et de Quinara (sud) et dans l'Est, l'affluence a été mitigée voire faible, selon des journalistes locaux contactés par l'AFP.
Les intempéries de la saison des pluies rendent difficiles les déplacements dans certaines régions.
N'djamba Seide, interrogé par l'AFP à la sortie d'un bureau de vote à Bissau, a dit avoir été "motivé à venir voter" pour "apporter des changements dans notre Constitution" et "changer" ce qui "apporte toujours des problèmes dans le pays".
"Les crises successives que le pays a connues ont eu un impact très négatif sur mes rendements. Si tout se passe bien, la Guinée-Bissau va démarrer sur de nouvelles perspectives", a souhaité Halimatou Traoré, commerçante d'une trentaine d'années, après avoir voté à Bissau.
- "Dangereux pour notre démocratie" -
La Guinée-Bissau est dirigée depuis le 26 novembre 2025, veille de l'annonce prévue des résultats provisoires des élections présidentielle et législatives du 23 novembre 2025, par des militaires qui ont suspendu le processus électoral.
Le Conseil national de transition (CNT), organe législatif, avait adopté en janvier 2026 à l'unanimité une modification de la Constitution.
Le nouveau texte soumis à référendum propose d'abandonner l'ancien modèle où le Premier ministre était issu de la majorité au Parlement, ce qui avait donné lieu à des cohabitations difficiles.
Pour Nelson Moreira, membre du CNT, le projet de nouvelle Constitution permettrait d'éviter les conflits entre la présidence et la Primature, qui ont miné la stabilité du pays par le passé.
Mais une partie de la classe politique et de la société civile conteste avec véhémence la réécriture en profondeur de la Constitution par un pouvoir de transition non élu.
"Le système présidentialiste que la junte veut imposer va concentrer tous les pouvoirs entre les mains d'un seul homme. Cela est dangereux pour notre démocratie", avait récemment déclaré Abubacar Ture, président de la Ligue bissau-guinéenne des droits humains.
V.Vega--LGdM