Pour le gouvernement américain, Anthropic risquait de "mettre en danger la vie de soldats"
Pressé de questions par des juges fédéraux, le gouvernement américain a défendu mardi sa décision de désigner la start-up d'intelligence artificielle (IA) Anthropic comme un "risque", susceptible de "mettre la vie de soldats en danger".
L'entreprise de San Francisco conteste en justice son inscription, début mars, par le ministère américain de la Défense sur une liste de fournisseurs présentant "un risque pour la chaîne d'approvisionnement", qui ne comprenait jusqu'ici que des sociétés étrangères.
Le gouvernement Trump a pris cette initiative après qu'Anthropic a refusé de lever certaines restrictions de son modèle d'IA Claude, empêchant son utilisation pour la surveillance de masse de la population américaine et pour des attaques mortelles autonomes.
Deux procédures sont actuellement en cours dans ce dossier, l'une devant un tribunal de San Francisco, l'autre devant une cour d'appel fédérale de Washington.
Les deux juridictions ont rendu des décisions contraires en référé, celle de San Francisco suspendant temporairement le bannissement d'Anthropic tandis que la cour de Washington s'y est refusée.
Lors d'une audience mardi dans la capitale américaine, une représentante du gouvernement Trump a été soumise à un feu de questions, certaines teintées de scepticisme.
"Je ne vois aucune preuve fournie par le ministère à l'appui de sa désignation (...) d'Anthropic", a lancé Karen Henderson, l'une des trois magistrates présentes, les faits considérés et les textes applicables expliquant que l'affaire soit examinée devant une cour d'appel et non une juridiction de première instance.
Pour la juge, le gouvernement américain a, en l'espèce, "outrepassé ses prérogatives de manière spectaculaire".
La représentante de l'administration Trump, Sharon Swingle, a fait valoir que les limites imposées par Anthropic à son modèle d'IA risquaient de le bloquer en pleine opération militaire, ce qui "aurait pu avoir des conséquences catastrophiques pour la sécurité nationale et mettre en danger la vie de soldats".
"Pour sensibiliser tout le ministère à ce risque en même temps et pouvoir agir vite", a-t-elle ajouté, "il fallait en passer par cette désignation."
L'avocate d'Anthropic, Kelly Dunbar, s'est inquiétée du fait que "le ministère détourne cette désignation (de sa fonction originelle) pour l'utiliser comme un moyen de pression contractuel ou en rétorsion contre Anthropic pour son désaccord" avec le gouvernement.
Elle a rappelé que l'entreprise rivale d'OpenAI ne contestait pas à l'administration Trump la capacité de mettre fin à ses contrats avec elle, mais plutôt le procédé et les arguments.
Une décision de la cour d'appel de Washington est attendue dans des délais resserrés, les juges ayant déjà reconnu que cette affaire sensible méritait une procédure accélérée.
D.Ancira--LGdM