Trump change de ton en évoquant des "négociations" avec un "haut dirigeant" iranien
Dans un changement de ton spectaculaire au 24e jour de la guerre au Moyen-Orient, Donald Trump a annoncé lundi la suspension de frappes envisagées sur les infrastructures critiques iraniennes, en évoquant de "très bonnes négociations" avec un responsable non identifié en vue de mettre fin aux hostilités.
Utilisant comme à son habitude son réseau Truth social, le président américain a fait part d'un report "de cinq jours" de toute frappe qu'il menaçait de lancer sur des centrales électriques ou des infrastructures énergétiques en Iran.
Plus tard, lors d'un échange avec la presse, il a ajouté que les Etats-Unis et l'Iran ont trouvé des "points d'accord majeurs" lors de négociations menées, selon lui, avec un "haut dirigeant" qui n'est pas le nouveau guide suprême, Mojtaba Khamenei.
"Nous négocions avec des gens que je trouve très raisonnables, très solides. (...) Ils sont très respectés et peut-être que l'un d’entre eux sera celui que nous cherchons", a-t-il dit sans autres précisions.
Un responsable israélien a déclaré au site Axios que les émissaires américains Steve Witkoff et Jared Kushner s'étaient entretenus avec le président du Parlement iranien, Mohammad Bagher Ghalibaf.
-"Changement de régime"-
Donald Trump a assuré qu'un "changement de régime" était en cours en Iran, tout en menaçant de "continuer à bombarder allègrement" si les négociations échouaient.
Peu après, il a affirmé à l'AFP que tout "se passait très bien" concernant l'Iran.
Et lundi après-midi, le Premier ministre britannique Keir Starmer a "salué" les informations concernant les discussions.
Mais l'agence de presse semi-officielle iranienne Mehr, parmi d'autres médias, a rapporté qu'il "n'existe aucun dialogue entre Téhéran et Washington". Mehr a par ailleurs estimé que les propos du président américain ne visaient qu'à "faire baisser les prix" de l'énergie.
De fait, après des journées de hausse, le baril de Brent de la mer du Nord a brutalement reculé vers la barre des 100 dollars le baril (102,17 dollars, -8,93%).
Et les marchés ont immédiatement montré leur soulagement. Le pétrole a dégringolé de plus de 10% et les Bourses européennes sont reparties dans le vert (Paris +2,45%, Francfort +3,24%, Londres +0,52%).
-Menaces sur les infrastructures-
En plus de trois semaines de guerre au Moyen-Orient, ni les Etats-Unis, ni l'Iran n'avaient évoqué publiquement des négociations.
Les frappes prévues sur les infrastructures faisaient planer une menace dangereuse d'escalade, alors que Donald Trump avait fixé à 23H44 GMT lundi un ultimatum exigeant de l'Iran qu'il rouvre le détroit d'Ormuz.
Le bras de fer stratégique de la guerre se concentre, encore et toujours, autour du détroit d'Ormuz, une voie stratégique pour l'approvisionnement mondial en hydrocarbures que l'Iran bloque en représailles aux attaques israélo-américaines.
En réponse à l'ultimatum, l'Iran avait menacé de fermer complètement le détroit et de cibler "toutes les infrastructures énergétiques, de technologie de l'information et de dessalement d'eau appartenant aux Etats-Unis", a prévenu l'armée iranienne, selon l'agence Fars.
De leur côté, les médias d'Etat iraniens publiaient lundi des listes de cibles potentielles au Moyen-Orient. Le site Mizan Online, un organe du pouvoir judiciaire, a diffusé une infographie montrant les deux principales centrales électriques d'Israël, Orot Rabin et Rutenberg.
Une autre, publiée par l'agence Mehr et intitulée "Dites adieu à l'électricité!", présentait des cibles en Arabie saoudite et dans les monarchies du Golfe. "C'est toute la région qui (serait) plongée dans le noir", écrivait l'agence.
- Crise énergétique? -
Le directeur de l'Agence internationale de l'énergie (AIE), Fatih Birol, a estimé lundi matin que le monde avait "perdu 11 millions de barils par jour, soit plus que les deux crises pétrolières majeures réunies" des années 1970. Il a prévenu que la guerre, déclenchée le 28 février, pourrait provoquer la plus grave crise énergétique mondiale de ces dernières décennies.
Dans les faits, le transit de marchandises dans le détroit d'Ormuz s'est effondré de 95% depuis le début de la guerre, selon la société d'analyse Kpler. Seul un petit nombre de cargos et de pétroliers ont réussi à le franchir. Or, d'ordinaire, 20% de la production mondiale d'hydrocarbures y transite.
"Aucun pays ne sera immunisé contre les effets de cette crise si elle continue dans cette voie", a ajouté le chef de l'AIE.
Nombre de sites énergétiques des pays de la région sont sous le feu de l'Iran. D'après Fatih Birol, au moins 40 infrastructures énergétiques ont été "gravement ou très gravement endommagées" dans neuf pays.
- Situation "incontrôlable" -
Habituellement très en retenue dans cette crise, Pékin a mis en garde lundi matin contre le risque d'une situation "incontrôlable".
Moscou a pour sa part fait état d'un entretien téléphonique entre les chefs de la diplomatie russe et iranienne, Sergueï Lavrov et Abbas Araghchi, après l'annonce par M. Trump de "discussions" irano-américaines.
"La partie russe a souligné la nécessité d'un arrêt immédiat des hostilités et d'un règlement politique", a indiqué Moscou.
En contradiction avec les dernières déclarations de son allié américain, Israël avait indiqué dimanche se préparer à "encore plusieurs semaines de combats contre l'Iran et le Hezbollah" pro-iranien au Liban.
Tôt lundi, l'armée israélienne a annoncé mener "une large vague d'attaques" à Téhéran, où des agences iraniennes ont signalé des explosions dans plusieurs secteurs.
Des explosions ont retenti lundi en début d'après-midi à Téhéran, a constaté un journaliste de l'AFP, sans pouvoir dire ce qui en était la ou les cibles. Elles ont été ressenties dans le centre de la capitale, faisant trembler les fenêtres du quartier.
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A.Cantu--LGdM