La Gaceta De Mexico - Sur la côte géorgienne de la mer Noire, des rapaces pris pour cible

Sur la côte géorgienne de la mer Noire, des rapaces pris pour cible
Sur la côte géorgienne de la mer Noire, des rapaces pris pour cible / Photo: © AFP

Sur la côte géorgienne de la mer Noire, des rapaces pris pour cible

Du haut d’une colline verdoyante surplombant la côte géorgienne de la mer Noire, l’ornithologue Bart Hoekstra contemple l’un des plus grands spectacles de la faune sauvage au monde, lorsque des coups de feu déchirent soudain l’air humide du littoral.

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M. Hoekstra copréside Batumi Raptor Count (BRC), une organisation internationale de bénévoles qui estime que plus d'un million de rapaces empruntent cette voie chaque automne, créant un "goulot d’étranglement" migratoire à la jonction de la mer Noire et des montagnes du Caucase.

"C’est le troisième site au monde en termes de migration des rapaces", explique ce Néerlandais de 34 ans, rattaché à l’université d’Utrecht.

"Où que vous pointiez vos jumelles dans le ciel, il y a des oiseaux."

Mais au moment où il parle, des coups de fusil retentissent à un rythme effréné sur les pentes escarpées couvertes de végétation subtropicale, au-dessus de la station balnéaire de Batoumi.

Selon la dernière étude de l’université d’Anvers disponible sur le sujet, datant de 2013, environ 9.000 oiseaux sont abattus chaque automne.

"C’est franchement horrible. C’est déchirant chaque fois qu’on entend les tirs, et on ne s’y habitue jamais... On a toujours mal", souffle Mitra Daneshvar, une coordinatrice du recensement originaire d’Iran.

"Ce qui est le plus douloureux, c'est lorsque des espèces véritablement rares sont abattues en plein vol (...) Et on ne peut rien y faire."

Le Département de surveillance environnementale de Géorgie a enregistré 39 infractions à la réglementation cynégétique dans la région au cours du premier mois de la saison de chasse cette année, sans préciser combien concernaient des rapaces.

Si le Département affirme mener des patrouilles permanentes contre la chasse illégale, M. Hoekstra estime difficile de faire respecter la législation dans les collines accidentées autour de Batoumi.

- Poumon économique local -

Ici, ce qu'on appelle le "goulet de Batoumi" canalise les rapaces venus de Russie, d’Europe de l’Est et du Kazakhstan, la plupart d'entre eux mettant le cap sur l’Afrique après la période de reproduction.

Les oiseaux économisent leur énergie en virevoltant dans l'air chaud qui s'élève au-dessus des terres, évitant ainsi la mer. Parallèlement, les nuages des hautes montagnes du Caucase peuvent les pousser dans ce couloir.

Depuis les stations de Sakhalvacho — un village perché au-dessus de Batoumi — et de Chouamta, plus enfoncé dans les collines, les bénévoles du BRC s'emploient à dénombrer les oiseaux migrateurs.

Ils commencent dès le lever du soleil, scrutant le ciel avec leurs jumelles et télescopes.

Dès qu’un oiseau franchit une ligne imaginaire, ils appuient sur un compteur manuel. Les coordinateurs répartissent les flux d’oiseaux en plusieurs secteurs, confiés à différents observateurs afin d’éviter les doubles comptages.

Ce spectacle attire de nombreux touristes dans les villages défavorisés de la région. Et les bénévoles espèrent que ces visiteurs incitent les locaux à protéger les oiseaux.

Pour Rouslan Lomadzé, propriétaire d’une maison d’hôtes à Sakhalvacho, les touristes ont "changé la vie" de sa communauté.

"Il n’y a pas d’autre véritable source de revenus ici", déplore l'homme de 45 ans. "Sans le tourisme ornithologique, les maisons d’hôtes et les petits hôtels familiaux mettraient la clé sous la porte."

Selon lui, la chasse est une tradition héritée des générations précédentes. "Aujourd’hui, cette pratique est moins répandue et l’écotourisme a eu un réel impact", constate M. Lomadzé.

- Projet de valeur -

Les chasseurs approchés par l’AFP ont refusé de s’exprimer.

M. Hoekstra indique que les tirs ont diminué à proximité des postes de comptage, soulignant que les tireurs pourraient s’être déplacés vers des zones que le projet ne surveille pas.

Les ornithologues amateurs occupent des sites autrefois fréquentés par les chasseurs, mais l'ornithologue néerlandais craint que ces derniers ne reviennent si les financements venaient à manquer.

Les activités de l’organisation ont failli s’interrompre cette année : alors que la collecte de fonds piétinait, un don anonyme de 15.000 euros a sauvé in extremis la campagne de comptage automnale.

"Nous avons ici des personnes extrêmement motivées", salue M. Hoekstra.

Il appelle les organisations internationales et les grands donateurs à "reconnaître la valeur de ce type de suivi, d’une efficacité remarquable".

Les données recueillies par le projet depuis 2008 ont permis aux chercheurs de suivre l’évolution de différentes populations d’oiseaux sur leurs zones de reproduction, où d’autres méthodes de comptage sont difficiles à mettre en œuvre.

Le 27 septembre, la coordinatrice Mitra Daneshvar a dénombré le millionième rapace de la saison.

Émerveillée, elle contemple le défilé d'oiseaux dans le ciel. "Ils faisaient cela bien avant notre arrivée et ils continueront bien après notre départ", dit-elle. "Cela force l’humilité."

D.F. Felan--LGdM