La Gaceta De Mexico - En RDC, Kolwezi, ville dévorée par la course aux minerais critiques

En RDC, Kolwezi, ville dévorée par la course aux minerais critiques
En RDC, Kolwezi, ville dévorée par la course aux minerais critiques / Photo: © AFP

En RDC, Kolwezi, ville dévorée par la course aux minerais critiques

Dans la cour de sa petite maison en briques, en République démocratique du Congo (RDC), Chibang Kasump observe les allées et venues : à une centaine de mètres de profondeur, des mineurs artisanaux creusent jour et nuit à la recherche de cuivre et de cobalt.

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Le Congolais de 47 ans vit ici depuis 2015, quartier Musonoi à Kolwezi, capitale minière du sud de la RDC, assise sur des gisements de minéraux critiques aujourd'hui essentiels pour la transition énergétique et parmi les plus convoités de la planète.

"J'avais acheté cette maison parce que c'était calme, à proximité du centre-ville et proche du lac", raconte-t-il à l'AFP. "Je ne savais pas qu'il y avait des minerais sous mes pieds" et "maintenant, je vis avec un puits dans ma cour".

Expansions, explorations, rachats d'actifs : compagnies minières et investisseurs étrangers se préparent à une croissance exponentielle de la demande mondiale en minerais critiques dans les prochaines années. La Chine investit en RDC depuis 20 ans et les États-Unis, qui cherchent à sécuriser un approvisionnement pour leur industrie de pointe, sont sur les rangs depuis la signature en décembre d'un partenariat stratégique avec Kinshasa.

Aujourd'hui, la parcelle de Chibang Kasump se trouve dans la concession de la Compagnie minière de Tondo (CMT), entreprise congolaise détentrice d'un permis d'exploitation, située juste à côté de l'immense gisement de cuivre et de cobalt d'une société chinoise, Commus.

En attendant que la mine industrielle s'installe, les mineurs artisanaux, appelés creuseurs, qui se comptent par dizaines de milliers et eux aussi repoussés par l'activité minière à grande échelle, ont investi l'espace jusque dans la cour de Chibang Kasump.

- "Délocalisation" -

Dans la ville au cœur de la ceinture cuprifère africaine, la frontière entre espace urbain et espace minier s'efface peu à peu. Les mines à ciel ouvert grignotent les quartiers, les concessions se superposent.

Quartier Musonoi, les maisons portent des numéros peints à la bombe : "Toutes les maisons sont identifiées pour la délocalisation", explique Kazadi Roger, responsable administratif local. "La société minière va indemniser mais les gens ne savent pas encore quand ils vont partir", dit-il.

Selon le droit minier congolais, un titre foncier n'ouvre pas de droit sur les minerais présents dans le sous-sol. Mais un titre minier n'annule pas non plus les droits des occupants d'une parcelle, qui doivent être indemnisés en cas d'expropriation.

Chibang Kasump a d'abord refusé, mais "avec la pollution, les explosions liées à l'exploitation, j'ai fini par dire oui", raconte-t-il, en ajoutant ne pas savoir "combien je vais recevoir ni où je vais emménager".

Derrière lui, les camions-bennes passent en continu sur la route tracée par la mine industrielle chinoise voisine. La poussière retombe sur les toits. Les maisons sont fissurées sous l'effet du minage.

Sous une bâche blanche qui jouxte sa maison, le sol est ouvert comme une bouche béante. Un jeune creuseur s'y engouffre. À l'extérieur, une pompe ronronne, envoyant un peu d'oxygène à ceux qui descendent dans l'obscurité.

À environ 80 mètres de profondeur, une trentaine d'hommes creusent la roche à coups de pioche et remplissent des sacs. Une chaîne humaine remonte le minerai - essentiellement du cuivre - à la surface à l'aide d'une corde.

- "Ils nous tirent dessus" -

"On suit le filon", explique un creuseur. "Quand on voit que la teneur est bonne, on s'arrête".

Le bois qui tapisse les parois sert de soutènement. Le moindre éboulement peut être fatal.

Certains creuseurs gagnent l'équivalent de 500 dollars par mois environ (environ 447 euros). D'autres beaucoup moins, selon la quantité de minerai récupérée et sa qualité.

Les zones d'exploitation artisanale (ZEA), prévues par la loi, sont insuffisantes, estiment tous les acteurs artisanaux interrogés.

"Partout, les concessions ont déjà été attribuées", fustige Sylvestre Petit-Petit, représentant local des mineurs artisanaux, pour qui "l'État n'a pas donné assez d'espaces aux creuseurs".

Résultat: ils travaillent dans des concessions privées souvent sans autorisation. Certains s'introduisent dans les grandes mines industrielles, au péril de leur vie.

"Là-bas, ils nous tirent dessus", raconte l'un d’eux, qui dit avoir ainsi perdu "plusieurs amis".

Les minerais extraits sont lavés, vendus à des négociants, souvent chinois, puis transformés une première fois avant d'être exportés.

"Les mines avancent, la ville recule", résume Aaron Niumbi, jeune habitant d'un autre quartier de Kolwezi également appelé à disparaître avec les projets d'expansion du chinois Commus.

D.Torres--LGdM