Rayons vides et clients dépités: la sinistrose au BHV au lendemain du choc
A Paris, le BHV est en faillite. L'annonce n'a pas surpris les employés du célèbre grand magasin parisien où les clients se font rares depuis des mois. Mais pour certains habitués, c'était le choc mercredi.
Marie Schifflers, touriste belge, est venue montrer à sa fille de 17 ans cet établissement "dont elle foulait le sol à son âge". Elle tenait à lui faire connaître cette "institution". "C'est ma Madeleine de Proust", explique-t-elle. "C'est comme la Tour Eiffel, on ne peut pas ne pas y aller."
Mais "je n'ai même pas posé les pieds dans le magasin qu'une dame qui sortait m'a dit +j'espère que vous êtes motivée parce que c'est vraiment désert+", raconte cette femme de 54 ans. "Je trouve ça vide, triste et dramatique..."
Un sentiment partagé par Jean-Loup, sexagénaire qui a grandi à Paris dans ce quartier, non loin du Bazar de l'Hôtel de Ville, le nom historique de ce grand magasin né en 1856, à la même époque que Le Bon Marché, ce "bonheur des dames" rendu célèbre par Emile Zola.
Au BHV, "les produits qu'ils proposent c'est plus du tout la même qualité qu'auparavant. Grosse déception", dit Jean-Loup.
"C'est pitoyable de voir un magasin qui marchait du feu de Dieu finir comme ça ! Avant, les gens attendaient devant la porte, maintenant c'est la porte qui attend les gens", regrette-t-il.
Mardi soir, le BHV, qui employait en septembre 700 personnes, a annoncé avoir demandé son placement en redressement judiciaire. Cela ne signifie pas qu'il cesse son activité pour l'instant, mais cela atteste d'un gros problème de finances qu'il s'agira pour la direction d'essayer d'assainir sous six mois (voire douze), sous peine de mettre la clef sous la porte.
- Rubans noirs -
Dans les rayons mercredi, des employés font le tour, distribuant sourires et informations aux quelques clients présents. Mais dès ceux-ci partis, ils peinent à cacher leur inquiétude.
"Je choisis de rester positive. Un redressement judiciaire, ça veut dire qu'au moins on se dirige vers une solution", veut croire une employée qui souhaite rester anonyme.
Le lancement de cette procédure, "on ne le savait pas, mais bon, l'état du BHV, y'a qu'à regarder autour de vous...", ajoute-t-elle, en précisant "ne pas avoir le droit d'en parler".
Du 1er au 5e étage, même constat : des rayons vides, des rubans noirs qui barrent l'accès à certains espaces désertés, plusieurs escalators en panne et des clients qui déambulent au sein d'un périmètre resserré. Une dame venue acheter un "thé spécial Noël" s'étonne de ne pas le trouver. Une vendeuse, un peu lasse, lui répond : "On n'a plus... on n'a plus..."
Au rez-de-chaussée en revanche, davantage de clients et de marchandises. Mais un parcours du combattant pour trouver la sortie, beaucoup de portes étant condamnées.
Depuis l'automne 2025, de grandes marques comme Dior, Sandro ou encore Guerlain ont claqué la porte du BHV, échaudées par des impayés ou mécontentes de l'arrivée du géant de la "fast fashion" Shein.
De mois en mois, la sinistrose s'est installée dans cet ancien emblème du coeur battant de la vie commerçante parisienne, à deux pas de la grande place de l'Hôtel de Ville de la capitale.
Le président de l'enseigne, Karl-Stéphane Cottendin, accuse notamment le bailleur canadien Brookfield de ne pas avoir versé les indemnités dues en échange de la restitution de la moitié des murs, ce que "dément catégoriquement" Brookfield.
Comment les salariés du magasin ont-ils appris la faillite de leur employeur mardi soir et la demande de redressement judiciaire ?
"On l'a appris en même temps que tout le monde. Les gens viennent et nous posent des questions, mais on ne communique pas beaucoup avec nous", confie une vendeuse, souhaitant rester anonyme.
"Ils nous ont juste dit de regarder la presse", confirme l'un de ses collègues.
A.Sandoval--LGdM