La Gaceta De Mexico - Frappés par l'insécurité, les habitants d'une favela de Rio votent sans se faire d'illusion

Frappés par l'insécurité, les habitants d'une favela de Rio votent sans se faire d'illusion
Frappés par l'insécurité, les habitants d'une favela de Rio votent sans se faire d'illusion / Photo: © AFP

Frappés par l'insécurité, les habitants d'une favela de Rio votent sans se faire d'illusion

Usés par l'insécurité et la lutte quotidienne pour joindre les deux bouts, les habitants de la plus grande favela de Rio de Janeiro votent dimanche avec peu d'espoir que leur voix change leur réalité.

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De longues queues se sont formées autour des bureaux de vote dans le dédale de ruelles étroites de Rocinha.

Cet immense quartier pauvre à flanc de colline, où vivent environ 100.000 personnes, surplombe les quartiers privilégiés du sud de la ville et l'une des plages les plus renommées de la "Ville merveilleuse".

Ils doivent notamment voter pour la présidentielle, dont les favoris sont le président sortant de gauche Luiz Inacio Lula da Silva et le conservateur Flavio Bolsonaro, qui promet la ligne dure en termes de sécurité.

"Les politiciens vont nous voir seulement au moment des élections. Après, ils oublient qu'on existe", peste Antonio Machado, retraité de 70 ans.

Comme la plupart de ses voisins, il en a assez de vivre sous le joug des factions criminelles et à la merci des fusillades lors des fréquentes incursions de la police.

"On n'est pas en sécurité dans la rue, ni même chez nous, où une balle perdue peut entrer par la fenêtre", dit-il à l'AFP.

- "Moindre mal" -

La sécurité est une des principales préoccupations des électeurs brésiliens, selon les sondages.

Flavio Bolsonaro dit vouloir s'inspirer des politiques de sécurité du président salvadorien Nayib Bukele, vilipendées par les défenseurs des droits humains, en construisant davantage de prisons de haute sécurité.

Il a promis de rétablir le contrôle de l'État sur les zones dominées par des groupes criminels comme le Comando Vermelho (Commando Rouge, CV) et le Premier Commando de la Capitale (PCC).

Contrairement à Lula, le fils de l'ancien président d'extrême droite Jair Bolsonaro (2019-2022) a soutenu la désignation de ces deux factions criminelles comme groupes terroristes par l'administration du président américain Donald Trump.

Mais tout comme son rival, le président de gauche s'est également engagé à "reprendre le contrôle des territoires" dominés par le crime organisé. Il a annoncé aussi des mesures visant à asphyxier financièrement les gangs, en démantelant par exemple les réseaux de blanchiment d'argent.

Pour Fabricia de Melo, biologiste de 27 ans résidant à Rocinha, Lula est "un moindre mal". "Ce n'est pas le meilleur choix possible, mais c'est le choix dont nous disposons aujourd'hui."

"En tant que personne noire, je ne fais pas confiance à la police", dit-elle. "Quand ils viennent ici, ils font irruption dans les maisons et agressent les gens."

Selon les données du Forum brésilien de sécurité publique, une ONG de référence, 17 personnes par jour ont été tuées en moyenne par la police de 2019 à 2025 dans le pays.

- "Ils n'ont rien fait" -

Lula doit en grande partie sa popularité aux programmes sociaux qui ont permis de sortir des millions de Brésiliens de la misère lors de ses deux premiers mandats, de 2003 à 2010.

Mais pour certains habitants de la favela, ce n'est pas suffisant.

"Je ne suis pas vraiment satisfait du gouvernement, ils n'ont rien fait", fustige Maicon Santana. Ce maçon de 22 ans déplore "de nombreux problèmes de traitement des eaux et d'éducation" dans son quartier.

Joao Batista, 36 ans, travaille dans la technologie et a voté pour Flavio Bolsonaro. Il se dit lassé du coût "horrible" des produits de première nécessité "qui devraient être abordables pour le citoyen moyen". Pour lui, "la gauche ne fonctionne plus".

Lula a pris des mesures populaires dans la dernière ligne droite de la campagne, revalorisant en particulier l'allocation Bolsa Familia destinée aux foyers les plus modestes.

"Le gouvernement Lula n'est pas parfait, mais il fait ce qu'il peut", lâche Ana Elise de Oliveira, photographe de 23 ans.

F.Castillo--LGdM