Marseille : le Marché du Soleil, temple de la contrefaçon, condamné à la fermeture
Une page de l'histoire commerçante de Marseille est en passe de se tourner avec la décision de fermeture du Marché du Soleil, haut lieu de la contrefaçon, et la condamnation de son propriétaire prononcées lundi.
Le tribunal correctionnel de Marseille a suivi les réquisitions du parquet qui avait demandé, lors du procès en juin, à sceller le destin de ce bazar de 3.600 m2 créé il y a 40 ans, et qui s'est progressivement mué en référence de la vente de copies de produits de marque. Au point de figurer dans les guides touristiques.
Cette galerie commerciale, composée d'un dédale de stands, dans le quartier de la gare Saint-Charles, est fermée depuis février sur arrêté préfectoral.
Egalement condamné à quatre ans de prison avec sursis, à la confiscation des murs et une cascade de sanctions pécuniaires, Georges Dahan, 81 ans, fondateur et propriétaire du marché, a l'intention de faire appel, a indiqué son avocat.
La "sévérité" du jugement sonne comme "une exécution sommaire" du lieu, a dénoncé Me Stéphane Ceccaldi. "C'est l'Etat qui devient propriétaire", a-t-il ajouté, s'interrogeant sur une éventuelle "opération immobilière" en projet après cette décision.
Si la fermeture est confirmée en appel, la question se posera du devenir d'un site central de la cité phocéenne. Depuis que les portes du Marche du Soleil sont closes, l'activité est au ralenti dans tout le quartier longtemps fréquenté par les clients en quête de bonnes affaires, se plaignent les commerçants.
Georges Dahan, absent lors du délibéré, est condamné pour "détention, production, vente" de contrefaçons et "blanchiment". Trois de ses frères ont également été condamnés à de la prison avec sursis.
- Flocage sur place -
Après le Covid, le Marché du Soleil avait connu un essor considérable des copies de marques jusqu'à représenter 70% des ventes, devenant "un monstre nourricier et lucratif", avait estimé la procureure. Parfums, baskets, sacs, vêtements venant de Chine ou de Turquie, parfois floqués sur place avec de fausses marques, se monnayaient au vu et au su du plus grand nombre.
Coup d'arrêt en février dernier : une spectaculaire opération menée par 300 agents sous l'égide du parquet de Marseille avait entraîné la saisie de plus 200.000 articles contrefaits, pour une valeur estimée de 42 millions d'euros, lors de cinq jours à ratisser les stands des commerçants.
L'Union des Fabricants (Unifab), association française de lutte anti-contrefaçon, a salué la sanction visant "l'un des principaux foyers de distribution de marchandises contrefaisantes en France".
Parmi la douzaine de prévenus condamnés lundi figurent trois policiers municipaux qui écopent de peines de prison de 18 à 24 mois avec sursis et une interdiction d'exercer. Ils s'étaient mis au service de la gérante du marché, lui transmettant notamment des informations sur des contrôles des autorités en échange de paires de baskets.
Une employée préfectorale qui avait reçu de l'argent pour tenter d'empêcher une fermeture préfectorale du marché a été condamnée à 18 mois de prison avec sursis.
Durant le procès, le patriarche Georges Dahan, se déplaçant avec difficulté, a tenté de se présenter en commerçant dépassé par le développement de la contrefaçon dans l'entreprise familiale fondée avec son père en 1987.
Il a assuré que des instructions avaient été données à la gérante du marché pour tenter de juguler la fraude. Cette dernière a également écopé de prison avec sursis et de lourdes amendes, tout comme deux gardiens.
Percevant autour de 150.000 euros mensuels, provenant des loyers des 170 box-boutiques, Georges Dahan "n'a rien fait pour endiguer la contrefaçon qu'il a laissé se développer", avait au contraire dénoncé la représentante du parquet.
Le développement massif de la contrefaçon s'est traduit par l'envolée du chiffre d’affaires d'AMG Promotion, la société familiale présidée par M. Dahan. De 700.000 euros en 2020, il avait bondi à 1,7 million en 2023, selon la justice.
En novembre 2025, le montant des encaissements en espèces avait atteint 216.000 euros, un record mensuel dont se vantait un gardien collecteur des loyers.
Pour l'Unifab, la décision de la justice marseillaise "doit désormais servir d'exemple" et sonne comme un avertissement pour d'autres places connues de vente de contrefaçons comme le secteur des puces de Saint-Ouen.
A.Gonzalez--LGdM