Le territoire du Comminges au chevet de l'usine Fibre Excellence menacée de liquidation
L'entreprise Fibre Excellence, qui possède les deux dernières usines de pâte à papier de France, celle de Saint-Gaudens (Haute-Garonne) et une autre à Tarascon (Bouches-du-Rhône), a été placée fin avril en redressement judiciaire. Le tribunal de commerce de Toulouse lui a accordé une période d'observation de six mois pour trouver un repreneur.
"Vous imaginez, si ça coule? Nous, ça va, mais tout ce qui est autour, les scieries, les restaurants, les boulangeries... Si ça ferme, le Comminges est mort", lâche Marc Daffos, 57 ans dont 18 à travailler pour Fibre Excellence, et qui prendra sa retraite au mois de juin.
"Si Fibre Excellence ferme, ça va faire des chômeurs en pagaille", souffle Danielle Poublan, 69 ans, fonctionnaire à la retraite et militante CGT de longue date, venue soutenir les salariés.
"Ce serait une catastrophe absolue", renchérit auprès de l'AFP Cédric Caubère, le secrétaire général de la CGT Haute-Garonne, dont le syndicat a organisé la réunion publique de jeudi.
- "Ciel assombri" -
Les usines Fibre Excellence produisent de la pâte à papier, mais aussi de l'électricité à partir de bois et de copeaux, dont le cours a fortement augmenté ces dernières années, ce qui a rendu déficitaire cette activité complémentaire, plombant les comptes du groupe.
Pour Marc Daffos, c'est le coeur du problème. "S'ils payaient l'électricité au bon tarif...", rumine-t-il.
Le relèvement du tarif de rachat du mégawatt s'est en effet trouvé au coeur du combat des salariés, qui ont obtenu du gouvernement la promesse qu'il serait augmenté de 20%. Pas suffisant, toutefois, pour l'actionnaire indonésien de l'entreprise, qui a indiqué ne pas envisager d'investissements supplémentaires.
"Même si le ciel s'est un peu assombri depuis quelques mois, rien n'est perdu (...) parce que nous avons un projet sérieux et parce que vous avez des savoir-faire, des compétences, vous êtes responsables, vous l'avez démontré ces dernières années", a martelé la présidente socialiste de la région Occitanie, Carole Delga, dans un message vidéo diffusé jeudi soir.
Les grandes lignes de ce "projet d'avenir" - repositionnement sur une nouvelle pâte à papier dite Fluff, production de bioéthanol et chauffage de serres pour permettre le maraîchage à proximité, entre autres - ont été présentées devant les rangs bien garnis du parc des expositions de Villeneuve-de-Rivière, tout près de Saint-Gaudens.
- Une "piste" suédoise? -
"Nous avons des pistes sérieuses", a aussi dit Carole Delga à propos d'éventuels repreneurs, évoquant une "nouvelle réunion de travail" avec le gouvernement, prévue dans les prochains jours. "Nous ferons en sorte d'avancer et d'atteindre l'objectif, c'est-à-dire de reprendre la production."
Dans un communiqué diffusé mercredi, les syndicats alertaient "sur l'extrême gravité de la situation industrielle et sociale", avec un "risque de liquidation judiciaire désormais réel", mais évoquaient l'"intérêt sérieux" d'un "industriel suédois".
"On entend des choses par la presse mais pas d'annonces officielles", regrettait jeudi soir Nicolas Mendela, opérateur de production de 39 ans, dont le moral n'est "pas au top", un mois après l'arrêt des lignes à Saint-Gaudens.
"On attend de la clarté", pour pouvoir "espérer quelque chose", dit le père de deux fillettes de 3 et 7 ans.
Avant, en fin de soirée, de monter sur scène avec des dizaines d'autres salariés de Fibre Excellence pour applaudir, à l'unisson du parc des expositions, au rythme d'une chanson écrite pour l'occasion: "Ohé, sauvez l'usine pour nos familles et nos racines. Ohé, on ne lâchera rien, le territoire debout jusqu'à demain."
U.Romero--LGdM