Ryad accuse les Houthis du Yémen d'avoir attaqué La Mecque, "une ligne rouge"
Outrage dans le monde musulman: l'Arabie saoudite a accusé mercredi les Houthis du Yémen d'avoir mené une attaque de drone contre la ville sainte de La Mecque, ce que ces combattants pro-iraniens ont démenti.
Ryad, allié du gouvernement yéménite reconnu par la communauté internationale, est depuis début septembre la cible de frappes houthies d'envergure dans un conflit qui s'est réveillé en juillet, ouvrant un nouveau front dans la guerre régionale.
Parallèlement, les Houthis ont pris le contrôle du littoral yéménite qui borde la mer Rouge, renforçant leur emprise sur le stratégique détroit de Bab el-Mandeb, reliant l'Europe à l'Asie via la mer Rouge et le canal de Suez.
Cette fois, c'est la ville sainte de La Mecque qui accueille chaque année des millions de pèlerins, sunnites comme chiites, qui a été visée selon le royaume saoudien.
Mardi, la défense aérienne saoudienne a détruit "un drone hostile lancé par la milice terroriste houthie avant qu'il n'entre dans l'espace aérien interdit de la sainte capitale" de l'islam, a écrit la coalition militaire menée par Ryad dans un communiqué, soulignant que l'interception avait eu lieu au sud de la ville.
"La sécurité des deux saintes mosquées et de leurs visiteurs constitue une ligne rouge", a-t-elle averti, le royaume saoudien dénonçant lui "une attaque terroriste lâche".
"Je ne vais pas cacher que nous avons eu peur (...). Ne sont-ils pas musulmans?! Ils prennent pour cible la ville la plus sainte qui soit", s'est offusqué sous couvert d'anonymat un habitant de La Mecque, déjà visée par une attaque de missile en 2017 selon Ryad.
"On vit dans une région où tout peut arriver", témoigne un autre résident, qui a reçu une alarme de notification sur son téléphone et "a vu des gens paniqués se précipiter vers la fenêtre pour voir ce qui se passait".
- "Mensonge éculé" -
Les réactions ont afflué dans la région: le secrétaire général de la Ligue arabe, Nabil Fahmy, a parlé de "fait d'une extrême gravité", et l'Organisation de la coopération islamique (OCI) d'"attaques odieuses" qui "profanent la sacralité des lieux saints et des mosquées, et heurtent les sentiments des musulmans à travers le monde".
La Jordanie a elle exprimé sa "solidarité absolue" avec Ryad face à cet "acte inacceptable".
Les Houthis ont de leur côté démenti avoir ciblé la ville sainte, fustigeant "un mensonge éculé" selon un de leurs responsables, Hazm al-Assad.
"Nos opérations visent les installations pétrolières et les bases militaires, qui sont éloignées des sites sacrés", a ajouté leur porte-parole militaire, Yahya Saree.
Les combattants ont de nouveau revendiqué une attaque mercredi contre une installation du géant saoudien Aramco à Yanbu, sur la mer Rouge, et une autre contre la base aérienne de Khamis Mushait.
Ils ont aussi affirmé mercredi avoir abattu un avion de chasse saoudien, accusant le royaume d'avoir mené 450 frappes aériennes au Yémen cette semaine.
Frappée sur son sol et menacée en mer, d'un côté par les Houthis en mer Rouge, de l'autre par l'Iran dans le Golfe, l'Arabie saoudite, premier exportateur mondial de brut, est sous pression, avec des conséquences majeures pour l'économie mondiale.
Les derniers développements ont encore fait grimper les cours du pétrole. Le Brent, référence internationale du brut, s'échangeait mercredi à un peu plus de 107 dollars le baril, en légère baisse mais toujours bien plus plus haut qu'avant le début du conflit.
- "Catastrophique" -
Dans ce contexte, le prince héritier saoudien Mohammed ben Salmane multiplie les contacts diplomatiques.
Il s'est rendu mardi en Egypte, pays qui craint de voir fondre ses revenus tirés du canal de Suez en raison des menaces sur le trafic. Et a appelé, aux côtés du président égyptien Abdel Fattah al-Sissi, à "garantir la liberté et la sécurité de la navigation maritime" en mer Rouge.
Ryad cherche aussi à s'assurer le soutien des Etats-Unis alors que selon le média américain Axios, citant des responsables américains, le président Donald Trump a refusé d'ordonner des frappes contre les Houthis.
De leur côté, les Houthis assurent qu'il n'existe aucune menace pour la navigation dans le détroit de Bab el-Mandeb, sauf pour les navires saoudiens.
Sa fermeture serait "catastrophique", a admis mardi le ministère qatari des Affaires étrangères.
"Le monde souffre suffisamment de la fermeture du détroit d'Ormuz", par lequel transitait avant la guerre un cinquième des hydrocarbures mondiaux, "on ne peut donc pas se permettre d'ajouter Bab el-Mandeb à cette équation", a souligné un responsable du ministère, Ibrahim al-Hashmi.
Au moins 100.000 personnes ont été déplacées au Yémen depuis le lancement de l'offensive meurtrière des Houthis début septembre, selon le Haut-Commissariat des Nations unies pour les réfugiés (HCR).
La précédente guerre entre 2014 et 2022 avait déjà provoqué une crise humanitaire majeure dans ce pays le plus pauvre de la péninsule arabique.
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A.Soto--LGdM