Des sites nucléaires iraniens frappés, Washington se donne "deux semaines" pour atteindre ses objectifs
Des frappes israélo-américaines ont touché vendredi deux sites nucléaires iraniens, avant que Washington n'annonce vouloir atteindre tous ses objectifs dans "les deux semaines", dans une guerre qui embrase le Moyen-Orient et déstabilise l'économie mondiale depuis fin février.
Les ministres des Affaires étrangères du G7, réunis près de Paris, ont exhorté ensemble "à un arrêt immédiat des attaques contre les populations et les infrastructures civiles" de la région, et réaffirmé "la nécessité absolue" de rétablir la liberté de navigation dans le détroit d'Ormuz.
Ils ont aussi pressé le chef de la diplomatie américaine d'expliquer une stratégie, jugée par certaines chancelleries complètement illisible jusqu'ici.
"Quand nous en aurons fini avec (les Iraniens), dans les deux prochaines semaines, ils seront plus affaiblis qu'ils ne l'ont été dans l'histoire récente", a affirmé Marco Rubio, estimant que les Etats-Unis pouvaient encore atteindre leurs objectifs sans l'envoi de troupes au sol.
Washington n'exclut pas cependant de dérouter pour cette guerre des armes destinées à l'Ukraine, a-t-il ajouté. Selon le Wall Street Journal et le site d'informations Axios, Washington envisagerait d'envoyer au moins 10.000 soldats supplémentaires dans la région.
"Si nous avons besoin de quelque chose pour l'Amérique et que c'est américain, nous allons le garder d'abord pour l'Amérique", a-t-il assuré, regrettant par ailleurs que l'Iran ait envoyé des "messages" à la Maison Blanche sans répondre au plan de paix en 15 points qu'elle a proposé il y a quelques jours.
- "Plus jamais la même personne" -
De fait, la seule journée de vendredi a témoigné de la volonté des protagonistes de poursuivre les combats. Israël, qui reste muet sur les intentions de Washington, a frappé deux installations nucléaires iraniennes en promettant de ne pas laisser Téhéran "avancer dans son programme d'armes" atomiques.
L'usine d'Ardakan, dans la province de Yazd (centre), a été visée par une attaque qui n'a "entraîné aucun rejet de matières radioactives", selon l'Organisation iranienne de l'énergie atomique.
Et le complexe à eau lourde de Khondab (nouveau nom du réacteur d'Arak), à deux heures de la capitale, "a été ciblé en deux temps par une agression de l'ennemi américain et sioniste", selon l'agence Fars, citant un responsable local.
Deux complexes sidérurgiques majeurs d'Iran dans la région d'Ispahan (centre) et la province du Khouzestan (sud-ouest) ont aussi été frappés. En réaction, les Gardiens de la Révolution, armée idéologique de l'Iran, ont promis de cibler à leur tour des sites industriels.
- "Plus jamais la même" -
Les civils de tous bords payent un tribut exorbitant. Comme à Téhéran où, depuis un mois, les nuits sont rythmées par les frappes et perturbées par l'angoisse, et où les attaques n'ont pas cessé de la journée, notamment sur des sites de stockage et de fabrication d'armements.
Ensieh, une dentiste de Téhéran, dit "perdre un peu plus espoir chaque jour". Aujourd'hui, "nous sommes pris en étau entre trois puissances devenues folles (...). Je sais que je ne serai plus jamais la même personne. La guerre a arraché une partie de moi", soupire cette femme de 46 ans.
Signe de l'intensité des frappes, au moins 120 musées et bâtiments historiques ont été "directement ciblés et ont subi de lourds dégâts structurels", selon un responsable du ministère du patrimoine culturel iranien.
- L'Iran défiante -
La République islamique, toujours aussi défiante, a appelé de son côté les civils à se tenir à l'écart des forces américaines présentes au Moyen-Orient, et notamment d'éviter les hôtels de la région accueillant des militaires américains.
"Nous vous recommandons de quitter de toute urgence les lieux où sont stationnées les troupes américaines afin qu'aucun mal ne vous soit fait", ont averti les Gardiens de la Révolution.
Une façon de répondre aux propos de Donald Trump la veille qui, tout en se disant optimiste sur les négociations, avait repoussé au 6 avril son ultimatum de détruire les centrales électriques en Iran si le détroit d'Ormuz n'est pas rouvert. Les Gardiens ont forcé vendredi trois navires à faire demi-tour.
Les opérations iraniennes se sont poursuivies sur tous les fronts: en Israël, ainsi que sur des bases américaines aux Emirats arabes unis, Qatar, Koweït et Bahreïn.
"Posez le pied sur le sol iranien, et 150 dollars deviendra le prix plancher du pétrole", a promis le vice-président iranien Esmael Saghab Esfahani sur X, alors que le cours du Brent est repassé vendredi en Europe sous les 110 dollars.
Samedi marquera le premier mois de la guerre, déclenchée par l'offensive conjointe des Etats-Unis et d'Israël contre l'Iran le 28 février. Elle s'est rapidement étendue à l'ensemble du Moyen-Orient, alimentant les craintes pour l'économie mondiale et l'approvisionnement en hydrocarbures.
- "Chacun pense gagner la guerre"
"Les États-Unis, Israël et l'Iran pensent chacun qu'ils sont en train de gagner la guerre", explique Ali Vaez, expert de l'Iran pour l'International Crisis Group (ICG). "Si les trois pensent que leur plan fonctionne, chacun croit aussi avoir encore des cartes dans sa manche".
Le Liban, pour sa part, continue de payer un très lourd tribut, après avoir été entraîné dans la guerre dès le 2 mars lorsque le Hezbollah, soutenu par Téhéran, a commencé à tirer des roquettes sur Israël pour venger l'assassinat du guide suprême iranien, l'ayatollah Ali Khamenei.
Des explosions ont retenti dans le sud de Beyrouth aux premières heures de vendredi puis à nouveau dans l'après-midi, sans avertissement israélien préalable. Densément peuplée, cette zone s'est largement vidée de ses habitants depuis le début des hostilités.
Alors qu'Israël manifeste sa détermination à intensifier sa campagne militaire contre le Hezbollah, le mouvement pro-iranien a revendiqué une série d'attaques contre les troupes israéliennes menant une incursion terrestre dans le sud du Liban.
La situation du Liban est "extrêmement préoccupante", avec un risque "réel" de "catastrophe humanitaire", a alerté l'agence de l'ONU pour les réfugiés (HCR), s'inquiétant de la situation de plus d'un million de personnes déplacées à travers le pays.
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R.Espinoza--LGdM