Zelensky reçu par Macron pour éviter que l'Ukraine soit "éclipsée" par l'Iran
Le président ukrainien Volodymyr Zelensky est arrivé vendredi à la mi-journée à l'Elysée pour évoquer avec Emmanuel Macron les moyens d'accentuer la pression sur la Russie, au moment où la guerre au Moyen-Orient monopolise l'attention dans le monde.
Cette 12e visite en France depuis le début de l'invasion russe de l'Ukraine en février 2022, au lendemain d'une étape en Roumanie, vise à "éviter absolument" un "effet d'éclipse" lié au conflit déclenché par les Etats-Unis et Israël contre l'Iran, qui écrase l'actualité depuis le 28 février, a expliqué la présidence française à des journalistes.
Le soutien de la France à Kiev "ne faiblira pas" et rien "ne détournera" l'attention de l'Ukraine, a-t-elle assuré. Ceux qui, notamment "au Kremlin", "pensent que la guerre en Iran ouvre une fenêtre d'opportunité pour eux (...)se trompent", a-t-elle prévenu.
- Nouvelles négociations -
La présidence russe a estimé jeudi que cette visite parisienne illustrait la volonté ukrainienne "d'entraver" un règlement pacifique du conflit, alors que les Etats-Unis ont proposé de nouvelles négociations entre Kiev et Moscou sous médiation américaine la semaine prochaine.
"La seule entrave à la paix, aujourd'hui c'est la Russie", a répondu l'Elysée.
Sur place en Ukraine, une frappe de missile russe dans la région de Kharkiv a fait au moins 3 morts et quatre blessés tôt vendredi, la plupart à bord d'un bus, selon les autorités locales.
Après un premier entretien, Emmanuel Macron et Volodymyr Zelensky doivent tenir une conférence de presse puis se retrouver en tête-à-tête pour un déjeuner de travail. Le président ukrainien doit aussi participer dans l'après-midi à un échange avec des étudiants à Sciences-Po.
Les deux dirigeants devraient mettre en avant "l'expertise à nulle autre pareille" développée par Kiev face aux drones iraniens utilisés par l'armée russe, "qui prend un nouveau relief" à l'aune des représailles de Téhéran contre de nombreuses cibles au Moyen-Orient, a fait valoir la présidence française.
Un militaire français a été tué et six autres blessés jeudi soir dans une attaque de drone de conception iranienne au Kurdistan irakien, ont annoncé les autorités françaises. Le président ukrainien a dénoncé sur X "une attaque odieuse".
Des spécialistes militaires ukrainiens se sont rendus dans plusieurs pays du Golfe dernièrement pour partager leur expérience en matière d'interception des drones de conception iranienne, et Volodymyr Zelensky a proposé "de développer tout cela en collaboration avec les pays européens".
C'est "un mouvement qu'on salue et qu'on encourage", a assuré l'Elysée.
- Blocage -
Sur l'aide à l'Ukraine, le principal sujet de discussion devrait être le prêt de 90 milliards d'euros promis par les dirigeants de l'Union européenne à Kiev en décembre.
Les premiers décaissements sont bloqués par la Hongrie qui réclame que l'Ukraine rouvre rapidement l'acheminement vers le sol hongrois de pétrole russe par l'oléoduc Droujba, endommagé selon les autorités ukrainiennes par une frappe de Moscou.
Volodymyr Zelensky a demandé dans un entretien à Politico que l'Europe mette au point "un plan B" si le blocage persiste de la part du Premier ministre hongrois Viktor Orban, proche de la Russie.
La question sera de nouveau sur la table des Vingt-Sept lors d'un sommet de l'UE la semaine prochaine à Bruxelles.
Il faut "mettre en oeuvre" le plan de décembre afin de permettre "les premiers décaissements dans les prochaines semaines", a martelé le conseiller d'Emmanuel Macron.
Le président français va aussi présenter à son homologue ukrainien les résultats de la visioconférence du G7, au cours de laquelle, selon lui, un "consensus" s'était dégagé mercredi, incluant Donald Trump, pour ne pas lever les sanctions sur le pétrole russe malgré le choc lié à la guerre au Moyen-Orient.
Mais, jeudi, le ministère américain des Finances a annoncé l'autorisation temporaire, jusqu'au 11 avril, de la vente du pétrole russe stocké sur des navires, alors que le baril de Brent, référence du marché mondial, s'échangeait toujours au-dessus des 100 dollars vendredi matin - seuil franchi jeudi pour la première fois depuis août 2022.
Les discussions entre les deux chefs d'Etat porteront également sur les besoins ukrainiens en armement.
"Nous voulons obtenir les nouveaux (systèmes antimissiles franco-italiens) SAMP-T de nouvelle génération, le plus rapidement possible", car "nous avons besoin de bons systèmes de défense aérienne", a déclaré au quotidien Ouest-France le président Zelensky, qui demandera également à Emmanuel Macron "son soutien politique" pour "nous aider à obtenir des missiles (Patriot) supplémentaires" auprès des Etats qui en possèdent.
X.A. Mendez--LGdM