Du G7 à VivaTech, la souveraineté numérique au coeur des débats
Revenue au centre des discussions après la décision américaine de suspendre l'accès à des outils d'intelligence artificielle (IA) de la société Anthropic aux étrangers, la question de la souveraineté numérique a agité les débats mercredi au G7 et au salon VivaTech.
En clôture du sommet des chefs d'Etat et de gouvernement de sept des grandes puissances industrielles, le président français Emmanuel Macron a ainsi appelé à "mieux réguler" les modèles d'IA les plus avancés "pour éviter qu'ils ne tombent dans les mains de régimes autoritaires ou de gens qui pourraient menacer notre cybersécurité ou nos sociétés". "La réponse ne peut pas être de la non-coopération entre démocraties", a-t-il estimé.
"Il y a une décision très forte qui a été prise par l'administration (américaine) il y a quelques jours. Alors, bonne chose, prise de conscience: +Ca peut être dangereux+. (...) Mauvaise chose, la réaction est en quelque sorte strictement nationaliste", a fait valoir M. Macron, après une réunion à laquelle participaient plusieurs dirigeants de la tech comme le patron d'OpenAI, Sam Altman, ou celui d'Anthropic, Dario Amodei.
Plus tôt, la France et l'Allemagne avaient affiché leur volonté commune de renforcer leur souveraineté numérique, à l'ouverture du salon parisien VivaTech, le plus grand du genre en Europe, et affirmé leur "vision partagée" dans ce domaine.
La présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, s'est, elle, livrée à un plaidoyer en faveur de l'Europe. "Les Etats-Unis et l'UE doivent être des partenaires solides dans l'IA", a-t-elle exhorté.
Ils s'exprimaient quelques jours après la suspension "à tout ressortissant étranger" des deux modèles d'IA les plus puissants d'Anthropic, sous pression de l'administration américaine, ce qui a provoqué une onde de choc en Europe.
- Survie en jeu -
"On joue notre indépendance mais aussi notre survie", a insisté la ministre française du Numérique, Anne Le Hénanff, au cours d'une visite avec son homologue allemand, Karsten Wildberger, dont le pays est l'invité de VivaTech cette année.
"On n'a pas envie de revivre ce qu'on a vécu sur certaines technologies", a-t-elle ajouté, en référence aux services informatiques à distance (ou "cloud") où "on a réagi relativement tard en tant qu'Européens".
"Nous devons renforcer notre indépendance, nos entreprises, développer nos propres produits", a martelé pour sa part Karsten Wildberger.
Alors que Bruxelles commence à travailler sur l'idée d'une préférence continentale, Bercy a également annoncé mercredi le lancement d'une initiative pour inciter "les grands acheteurs européens, groupes privés, agences publiques et ministères", incluant des pays comme l'Allemagne, l'Espagne ou encore la Belgique, à se tourner vers des acteurs européens.
Dans cet esprit, la France avait révélé mardi qu'elle allait abandonner les services de l'entreprise américaine spécialiste de l'analyse des données Palantir, qu'elle utilise depuis une dizaine d'années, au profit de son concurrent français ChapsVision, car elle ne peut "pas accepter de nouvelles dépendances stratégiques dans le numérique", selon le Premier ministre, Sébastien Lecornu.
Le ministre français de l'Économie, Roland Lescure, a précisé mercredi à l'AFP que ce déploiement prendrait "un certain temps, sans doute plusieurs mois".
"Ce sera probablement dans le courant de l'année 2027 mais on va voir. Il y a quand même un certain nombre de technicalités à regarder", a-t-il ajouté, sans préciser quand la solution de Palantir serait débranchée.
- Macron à VivaTech jeudi -
Malgré les craintes pour la souveraineté européenne, c'est tout de même un invité américain qui a tenu la vedette mercredi à VivaTech: Jeff Bezos, le fondateur d'Amazon et de Blue Origin, venu parler de conquête spatiale, quelques jours après que cette dernière a essuyé un sérieux revers avec l'explosion spectaculaire de sa fusée New Glenn sur sa rampe de lancement pendant un essai. Un événement qu'il a raconté avoir vécu comme un "coup de poing dans le ventre".
De retour du G7, le président français Emmanuel Macron se rendra sur le salon jeudi, en compagnie du Premier ministre indien Narendra Modi.
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R.Espinoza--LGdM