Nissan: retour dans le vert prévu l'an prochain après une nouvelle perte colossale
Nissan a enregistré une nouvelle perte annuelle massive mais s'attend à redevenir légèrement bénéficiaire sur l'exercice en cours alors qu'il poursuit ses douloureux efforts de restructuration.
Sur l'exercice 2025-2026 achevé fin mars, le constructeur automobile japonais a essuyé une perte nette de 533 milliards de yens, après une perte équivalant à 4,1 milliards d'euros sur l'exercice précédent, selon ses résultats publiés mercredi.
Miné par l'essoufflement de ses ventes, les taxes douanières américaines et l'impact de ses mesures de redressement, le groupe a dégagé de justesse un bénéfice d'exploitation annuel de 58 milliards de yens (313 millions d'euros), meilleur qu'attendu.
Le chiffre d'affaires est resté stable à 12.000 milliards de yens (65 milliards d'euros) correspondant à 3,15 millions de véhicules vendus mondialement.
Structurellement déficitaire, affaibli après avoir échoué à suivre la transition vers les véhicules électriques et hybrides, Nissan est plombé par les surcapacités et une gamme vieillissante.
Le constructeur table pour remonter la pente sur ses efforts de restructuration, lancés fin 2024 avec l'annonce d'une réduction drastique du nombre d'usines et de la suppression de 20.000 postes d'ici 2028.
Mi-avril, Nissan a dévoilé un plan pour faire faire passer de 56 à 45 le nombre de ses modèles et concentrer 80% de sa production sur trois grandes "familles" de véhicules construits sur des plateformes mutualisées-efforts de standardisation déjà entrepris par ses concurrents.
Le groupe espère ainsi sabrer ses coûts et être en mesure de dégager sur l'exercice 2026-2027 entamé début avril un modeste bénéfice net de 20 milliards de yens (108 millions d'euros), pour un chiffre d'affaires légèrement en hausse à 13.000 milliards de yens.
-"Déclin de compétitivité"-
Nissan anticipe "un environnement commercial toujours difficile, marqué par la pression persistante d'une concurrence accrue, les fluctuations des taux de change, l'inflation et les incertitudes géopolitiques persistantes".
"Ses principaux défis sont le déclin de la compétitivité de ses produits en Amérique du Nord, la chute rapide des ventes en Chine, l'atteinte à son image de marque. Ces difficultés ne peuvent être surmontées à court terme", abonde auprès de l'AFP Tatsuo Yoshida, analyste de Bloomberg Intelligence.
Le groupe pâtit toujours des surtaxes douanières imposées par les Etats-Unis aux voitures importées depuis le Japon (25% entre avril et septembre 2025, droits plafonnés à 15% depuis).
Et comme pour les autres constructeurs japonais, l'horizon est assombri par le conflit au Moyen-Orient, qui renchérit les matières premières et coûts du transport, tout en bouleversant les chaînes d'approvisionnement.
Selon Bloomberg, les constructeurs automobiles nippons dépendant du Moyen-Orient pour environ 70% de leur approvisionnement en aluminium.
"A l'heure actuelle, le risque d'arrêts de production ne s'est pas concrétisé. L'impact se traduira probablement par une pression sur les bénéfices due à la hausse des prix des matières premières et des coûts logistiques", constate l'analyste Tatsuo Yoshida.
Toyota, numéro un mondial, prévoit un nouveau plongeon (-22%) de son résultat net pour 2026-2027.
De son côté Honda, numéro deux japonais, devrait dévoiler jeudi sa première perte d'exploitation annuelle depuis son introduction en Bourse en 1957.
-Ambitions en Chine-
Malgré cette conjoncture, Nissan a annoncé mi-avril vouloir doubler ses ventes aux Etats-Unis à 1 million de véhicules par an d'ici 2030, en misant notamment sur les versions hybrides de son crossover compact vedette Rogue.
L'entreprise vise aussi la vente d'un million de véhicules par an en Chine d'ici 2030, contre 660.000 sur l'exercice écoulé, un marché pourtant dominé par pléthore de constructeurs chinois se livrant une guerre des prix avec des véhicules électriques sophistiqués.
L'idée de Nissan est de mieux adapter son offre selon les régions du pays et les exigences du public local et dans le même temps d'exporter à partir des usines chinoises vers l'Asie du sud-est, l'Amérique du sud, le Moyen-Orient.
"Ses objectifs paraissent réalisables au Japon et aux États-Unis, à condition d'introduire sans heurts des véhicules compétitifs, notamment hybrides, et que le marché ne subisse pas d'effondrement significatif", juge M. Yoshida. "Mais en Chine, vu les changements radicaux de structure du marché, les préférences des consommateurs et la concurrence féroce, ce ne sera pas chose aisée".
O.Escareno--LGdM