La souveraineté économique de l'Europe "menacée" sans l'euro numérique, selon le gouverneur de la Banque de France
La souveraineté économique que l'euro garantit à l'Europe pourrait "être menacée" si l'Europe n'adopte pas l'euro numérique, a déclaré mardi le gouverneur de la Banque de France, François Villeroy de Galhau.
"Lancé il y a plus de 25 ans, l'euro constitue le plus grand pas en avant de l'Europe vers la souveraineté et un énorme succès populaire, soutenu par 82% des citoyens européens. Mais aujourd'hui, cette réussite durement acquise pourrait être menacée si nous ne sécurisons pas le rôle pivot de la monnaie de banque centrale +souveraine+ dans le monde numérique", a déclaré le gouverneur lors d'une conférence à Paris.
L'Eurosystème a déjà "pris des mesures pour proposer un euro numérique au grand public" qui vise à "émettre un +billet numérique+ conçu pour transposer les caractéristiques des espèces au monde numérique, tout en préservant le rôle d'ancrage de la monnaie de banque centrale", indique-t-il.
La Commission avait proposé une régulation de l'euro numérique en juin 2023.
Le mois dernier, "le Conseil de l'Union européenne a soutenu à l'unanimité ce projet et s'est mis d'accord sur un véritable euro numérique couvrant à la fois les cas d'usage en ligne et hors ligne, qui (...) offrirait un degré élevé de confidentialité", selon M. Villeroy de Galhau.
Selon les propositions du Conseil européen, l'euro numérique serait disponible en ligne ou hors ligne, et pourrait dont être utilisé même sans connexion internet. Des limites sur la quantité totale d'euros numériques pouvant être détenus à tout moment sur des comptes numériques en ligne et dans des portefeuilles numériques sont prévues.
Le texte définit également le cadre dans lequel les prestataires de services de paiement, c'est-à-dire les banques, seront indemnisés.
Pendant une période transitoire d'au moins cinq ans, les commissions d'interchange des banques et commissions de service à la charge du commerçant seront plafonnées à un niveau fondé sur les commissions pour des moyens de paiement comparables, c'est à dire 0,20% du montant de la transaction. Après la période de transition, les plafonds des commissions seront fixés sur la base des coûts réels associés à l'euro numérique.
"Après le vote attendu au Parlement européen en mai, nous avons l'intention de mener un projet pilote dès 2027 et de lancer potentiellement l'euro numérique en 2029", a ajouté M. Villeroy de Galhau.
S.Lopez--LGdM