La Colombie à la recherche des centaines de disparus du séisme
Malgré les chances de survie qui s'amenuisent, secouristes et bénévoles ont continué vendredi de fouiller des montagnes de décombres en Colombie, à la recherche des disparus d'un séisme qui laisse selon le président une "situation apocalyptique".
La Colombie s'accroche à l'espoir ténu d'arracher des rescapés des débris, alors que samedi sera la sixième journée des opérations de secours.
L'odeur des corps en décomposition s'installe dans les quartiers les plus dévastés.
Dans plusieurs endroits du pays, là où la présence de survivants est écartée, des engins de chantier ont entrepris de déblayer les gravats, tandis que les funérailles commencent à se multiplier.
Le séisme de magnitude 7,4 qui a frappé plusieurs villes de la côte pacifique et de la région caféière, dans l'ouest du pays, a fait 287 morts, près de 4.000 blessés et 379 disparus, selon les autorités.
"La situation est apocalyptique", a constaté le président Abelardo de la Espriella depuis Pereira, l'une des villes les plus touchées par la catastrophe.
Il a effectué des visites éclair dans les zones sinistrées, où il a promis des aides au paiement des loyers pour les personnes se retrouvant sans toit.
Celui qui a fait campagne avec un discours anti-élite a aussi proposé un "plan Marshall" - une référence au programme d'aide américain en Europe après la Seconde guerre mondiale - pour ce département parmi les plus pauvres de Colombie, longtemps "abandonné à son sort par le centralisme".
Le chef de l'Etat, entré en fonctions il y a tout juste une semaine, fait face au défi de gérer l'immense crise née du séisme le plus meurtrier de ce début de siècle en Colombie.
A Pereira, les journées exténuantes commencent à entamer le moral des équipes de sauvetage.
En soutane, chapelet à la main et casque de chantier sur la tête, le prêtre Nelson Giraldo tente d'apporter du réconfort aux secouristes épuisés.
Mais l'homme de 72 ans est lui-même très affecté. Il évoque auprès de l'AFP sa ville "à terre, des cœurs silencieux, des têtes baissées, des regards tristes".
Vendredi matin, Hernan Giraldo croyait encore pouvoir retrouver vivant son fils Juan Felipe, 24 ans, dont le mariage était prévu pour dimanche. Dans l'après-midi, le corps sans vie du jeune homme a été découvert.
- Solidarité et aide -
À Cali, troisième ville du pays, une partie de la morgue s'est effondrée. Les corps retrouvés dans les décombres sont donc transportés vers Palmira, à 30 kilomètres de là, dans une morgue dont les capacités d'accueil ont été renforcées.
Une vingtaine de personnes y patientaient vendredi, dans l'attente de nouvelles ou des corps de proches, disparus ou morts. Parmi elles, Lorena Leon est venue chercher les dépouilles de trois cousines décédées, découvertes jeudi, enlacées sous une table.
Dans des tentes attenantes, leur sont proposés un soutien psychologique, à manger et à boire. Un espace dédié à la prière a également été installé.
Dans tout le pays, la solidarité est forte: des milliers de personnes rassemblent nourriture, eau, médicaments et vêtements pour les sinistrés, comme dans le plus grand stade de la capitale Bogota.
Une aide bienvenue alors qu'environ 13.000 logements ont été détruits et que des familles entières se retrouvent sans abri.
Au niveau international, de nombreux pays dont les Etats-Unis, alliés historiques de la Colombie, ont déjà apporté leur soutien au pays sud-américain.
Le département d'Etat américain a annoncé vendredi une nouvelle aide, portant le total de sa contribution depuis le séisme à 26,5 millions de dollars.
La Banque mondiale compte, elle, décaisser 200 millions de dollars d'aide d'urgence et lancer une évaluation de l'impact économique du séisme, qui laisse une population traumatisée.
Sur un terrain de football à Cali transformé en refuge de fortune, plusieurs familles préparent ensemble une soupe au feu de bois.
Patricia Romero raconte que depuis le tremblement de terre, son fils de huit ans s'évanouit dès qu'il a peur. "A cause des nerfs", dit-elle.
Y.Dominguez--LGdM