En Gironde, le mégafeu à la merci de la chaleur et des vents
Le retour des très fortes chaleurs et les vents marins attisent mercredi le mégafeu en Gironde, où certains habitants évacués ont été autorisés à rentrer chez eux après une deuxième nuit plus calme qui a permis de "stabiliser" l'incendie.
Une semaine après le début du plus gros incendie de forêt à frapper la France depuis 1949, avec 42.000 hectares déjà consumés, une importante reprise de feu au nord de la station balnéaire de Lanton a mobilisé en fin de matinée les pompiers aidés de nombreux de volontaires, a constaté une équipe de l'AFP.
Sur cette commune du bassin d'Arcachon, les flammes lèchent la lisière d'un champ de maïs jouxtant la forêt, attisées par des rafales de vent sec, dégageant une épaisse fumée noire dans une chaleur déjà étouffante. Canadair et Air Tractor effectuent des largages tandis qu'au sol, les soldats du feu luttent contre les étincelles et estimaient à 14H00 être en passe de maîtriser les choses.
La solidarité se manifeste toujours spontanément, comme avec ces salariés du BTP venus de Charente-Maritime avec un camion citerne de 12.000 litres afin d'aider les pompiers à recharger leurs véhicules.
"On n'a pas cherché midi à 14 heures. On a pris toutes les routes possibles pour venir", expliquent-ils à l'AFP.
- "Je me suis mis à pleurer" -
"Il faut se retrousser les manches", abonde Jean-Claude Bonnet, bénévole bordelais. "J'ai 67 ans et j'ai jamais vu ça. On longeait le long de la route vers ici et je me suis mis à pleurer", avoue-t-il. "Le pire, c’est les animaux qu’on voit et qui sont brûlés au bord de la route. C’est une catastrophe écologique".
"On remarque cet élan de solidarité, on le voit là au niveau des points d'eau, on le voit au niveau de nos postes de commandement, où on a à manger ou à boire plus que de raison", s'émeut à proximité le capitaine Wilfried Schneider.
Les plus fortes chaleurs de la journée concernent précisément l'Aquitaine, "avec 40 à 42 °C au plus chaud de l'après-midi".
Facteur aggravant, le vent souffle sur les braises et alimente de nouveau l'incendie. Les autorités s'attendaient dès le début d'après-midi à des rafales de 30 à 45 km/h et un taux d'humidité en baisse.
Les forêts s'enflamment d'autant plus facilement que la végétation et les sols sont très secs depuis des mois, une sécheresse accentuée par le changement climatique et les récentes canicules exceptionnelles.
Conséquence des incendies, la qualité de l'air se dégrade et Prev'Air a annoncé pour la journée des risques de dépassement du seuil d'information, voire du seuil d'alerte, en Nouvelle-Aquitaine. Plus de 5 millions de masques FFP2 ont été livrés en pharmacie pour protéger les habitants exposés aux fumées, a indiqué la ministre de la Santé Stéphanie Rist
- Cimetière de pins -
"La surface brûlée" -42.000 hectares en une semaine- n'a pas évolué, évoquait en début de journée la préfecture de la Gironde après une deuxième nuit "calme" et quelques reprises "traitées rapidement". En revanche, le bilan des blessés dans les rangs des soldats du feu s'est alourdi, avec 126 sapeurs-pompiers blessés, soit 16 de plus que la veille.
Avec 92.000 hectares détruits sur tout le territoire depuis janvier, l'année 2026 bat déjà le record de surfaces brûlées en France en 20 ans de mesures satellitaires, selon le système européen de surveillance des feux (Effis).
Vue du ciel, la forêt ressemble à un cimetière de pins calcinés bien alignés, s'élevant à perte de vue avec leur tronc noirci et encore parfois quelques touffes d'épines à leur cime.
Les pompiers surveillent tout particulièrement trois points chauds: le nord-ouest du bassin d'Arcachon (Grand-Crohot et Lège-Cap-Ferret), et, en lisière de l'agglomération bordelaise, les secteurs de Cestas et du camp militaire de Souge.
Un chantier colossal de 127 kilomètres de "coupes tactiques", quasiment achevé, vise à priver l'incendie de "combustible" et à empêcher sa progression, selon la DFCI (Défense de la forêt contre les incendies).
- "Anxiogène" -
Profitant d'une relative accalmie, 57.000 habitants de trois villes proches de Bordeaux évacués la semaine dernière ont été autorisés à rentrer chez eux.
"Le climat reste très anxiogène", remarque Corinne Lopez, retraitée de la petite ville du Haillan, qui a retrouvé son quartier "encore bien calme" pour la première promenade de sa chienne.
Depuis le début du mégafeu, ce sont 222.000 personnes qui ont été évacuées de manière préventive dans 24 communes. Et pas moins de 62 campings ont été vidés de leurs 50.000 vacanciers en Gironde et dans les Landes.
Comme les jours précédents, toujours aucun TGV ne circule au sud de Bordeaux, hormis ceux qui desservent Agen et Toulouse, et l'autoroute A63 reste fermée dans les deux sens entre Bordeaux et Bayonne.
Le sud-est de la France a lui aussi été touché par plusieurs incendies, en Corse, dans les Hautes-Alpes et dans le Var.
Dans ce dernier département, le feu qui a parcouru environ 4.500 hectares en huit jours dans le massif du Gros Bessillon est désormais "fixé", a annoncé la préfecture.
Des moyens aériens ont été acheminés vers la France sous la forme de sept avions et quatre hélicoptères en provenance de plusieurs pays, notamment la Suède et la Turquie, selon un décompte de l'Union européenne.
B.Ramirez--LGdM