Monaco, royaume du luxe et terre d'accueil des exilés fiscaux
Microscopique royaume du luxe, des casinos et des voitures de sport, Monaco affiche l'image d'une principauté particulièrement sûre, un havre de paix où les trois-quart de la population est étrangère et qui attire au bord de la Méditerranée oligarques et exilés fiscaux.
Une image percutée, lundi soir, par le choc de l'attaque à l'engin explosif qui a grièvement blessé un richissime homme d'affaires d'origine ukrainienne, résident du micro-Etat, ainsi que deux membres de sa famille.
Son territoire escarpé de deux kilomètres carrés sur la Côte d'Azur allie climat méditerranéen, immobilier de luxe, restaurants étoilés, vues spectaculaires sur la grande bleue, sécurité et absence d'impôt sur les sociétés ou sur le revenu -- sauf pour les Français et les Américains, imposables dans leur pays.
Le PIB dépassait les 10 milliards d'euros pour la première fois en 2024, et les banques installées dans la principauté gèrent 171 milliards d'euros d'actifs, selon l'Institut monégasque de la statistique et des études économiques (Imsee).
Porté par des chantiers incessants, l'immobilier y est le plus cher du monde, avec un prix médian des 101 logements neufs vendus à 22 millions d'euros en 2024.
Autant d'argent sur un tout petit territoire de moins de 40.000 habitants -- dont seulement un quart sont Monégasques -- a de quoi faire tourner les têtes.
Le luxe est ostentatoire, dans les boutiques, les restaurants ou les parures des passants. Chaque année le Grand Prix de Formule 1 attire le Bottin mondain.
Avec des services de sécurité en nombre et un système de vidéosurveillance perfectionné, Monaco a longtemps maintenu l'image d'un cadre de vie particulièrement sûr, malgré des braquages venus troubler la quiétude ces dernières années.
Les vols de montres de luxe, très fréquents sur la Riviera française, y sont inconnus, et l'essentiel de la criminalité relève de violences intra-familiales, d'abus de faiblesse ou de délinquance en col blanc, selon le procureur général.
- "Argent et vertu" -
Régulièrement les médias se font l'écho des extravagances monégasques. En avril, c'est l'homme le plus riche d'Ukraine, le milliardaire Rinat Akhmetov, qui faisait les frais des révélations de Bloomberg.
L'agence évoquait l'achat d'un appartement de cinq étages, dans un des complexes immobiliers les plus en vue de la principauté, pour la modique somme de 471 millions d'euros, soit "une des plus importantes transactions immobilières de l'histoire."
Scandales à répétition, mais aussi pressions internationales, ont contraint les autorités à accentuer les efforts de lutte contre le blanchiment ou la corruption. "Argent et vertu doivent se conjuguer en permanence", rappelait le prince Albert II dans son discours d'avènement en juillet 2005.
L'adhésion de Monaco au Conseil de l'Europe en 2004 avait lancé le mouvement. Désormais, Monaco reçoit régulièrement la visite d'experts de Moneyval (lutte contre le blanchiment d'argent) ou du Greco (lutte contre la corruption). Et ses décisions de justice peuvent faire l'objet de recours devant la Cour européenne des droits de l'Homme.
Autant de regards extérieurs qui ont obligé le petit État à moderniser sa réglementation et sa législation, parfois au pas de course. Avec quelques réussites, comme la sortie à la fin des années 2000 de toutes les listes de paradis fiscaux, et des revers: la principauté a été inscrite en juillet 2024 sur la "liste grise" du Groupe d'action financière (Gafi), organisme international chargé d'évaluer l'action des États en matière de lutte contre le blanchiment.
Monaco a aussi été secouée par une cascade de révélations et de rumeurs qui a tourné à la bataille médiatique et judiciaire autour d'anciens proches du prince écartés en 2023, dont son ex-comptable Claude Palmero.
Lui qui a tenu les comptes des Grimaldi a distillé depuis des révélations sur les sociétés offshore de la famille -- un héritage de Rainier III inutile, puisque le prince n'est pas imposable à Monaco, et désormais liquidé assure le Palais --, sur les dépenses des princesses ou sur leurs inimitiés.
Et même si la famille princière semble désormais assagie, les frasques des princesses Caroline et Stéphanie et les enfants illégitimes d'Albert ont longtemps fait la une des tabloïds.
Un des derniers Etats européens où le catholicisme est religion d'Etat, Monaco a reçu la visite en mars du pape Léon XIV.
D.Quate--LGdM