La sûreté au Louvre a été négligée, déplore la commission d'enquête parlementaire
Les questions de sûreté dans les musées et notamment au Louvre ont été "reléguées au second plan" ces dernières années, dénonce la commission d'enquête parlementaire sur la sécurisation des musées, qui préconise d'"en finir" avec la désignation de leurs dirigeants par l'Élysée.
La commission, présidée par Alexandre Portier (LR), s'était constituée début décembre dans le sillage du spectaculaire cambriolage du Louvre le 19 octobre. Huit joyaux de la Couronne, d'une valeur estimée à 88 millions d'euros, y avaient été dérobés et sont toujours introuvables.
Le cambriolage a révélé d'importantes failles de sécurité dans l'établissement aux 244.000 mètres carrés - dont 70.000 ouverts au public - qui accueille quelque neuf millions de visiteurs par an.
Les travaux de la commission ont donné lieu à une vingtaine d'auditions et tables rondes, où plus de cent personnes ont été entendues, ainsi qu'à des déplacements en France et à l'étranger.
"La sûreté n'a jamais été considérée comme une priorité, de manière générale au niveau national pour nos musées et c'est ce que l'on paie au Louvre (...). Elle a été reléguée derrière d'autres sujets - l'événementiel, le spectacle - et cette dérive-là a mis beaucoup d'établissements en fragilité", a déclaré mercredi Alexandre Portier, en présentant à la presse le rapport de 170 pages, adopté à l'unanimité, parlant de "fragilité systémique".
Au Louvre, les enjeux de sécurité n'étaient "pas la priorité de l'ancienne direction, bien que celle-ci s'en défende", ajoute le rapporteur de la commission Alexis Corbière (groupe écologiste) dans le rapport, consulté par l'AFP, faisant référence à l'ex-présidente Laurence Des Cars, nommée en 2021 et à laquelle a succédé Christophe Leribault fin février.
- Deux ans de "retard" -
Devant la presse, l'élu de Seine-Saint-Denis a regretté le "retard", estimé à "20 à 27 mois", de mise en place, par Mme Des Cars, du schéma directeur des équipements de sûreté (Sdes), dont le premier calendrier avait pourtant été acté dès 2019. Un "temps perdu" qui "aurait peut-être modifié les choses", a-t-il dit évoquant le cambriolage.
M. Leribault va être auditionné par la commission des Affaires culturelles de l'Assemblée nationale, pour "partager son regard" et "comprendre où il en est", a annoncé M. Portier, sans préciser de date.
"Nos musées sont mal préparés", a souligné M. Corbière, citant une étude du ministère indiquant en 2024 que sur 616 musées interrogés, seuls 23% avaient un plan d'urgence et de préparation des risques.
Parmi les autres critiques du rapport, "l'absence de contrôle de la tutelle - le ministère de la Culture - à l'égard des choix de la direction" du Louvre. Cette lacune découle du fait que, selon M. Corbière, les dirigeants du musée, comme ceux d'autres établissements (y compris les théâtres nationaux) sont nommés par décret de l'Élysée.
D'où sa principale recommandation: revoir la procédure de nomination des dirigeants, de sorte qu'ils soient élus par le conseil d'administration de l'établissement, où siègeraient, entre autres, des parlementaires, afin de sortir d'"une relation de dépendance" avec le chef de l'État.
- Évolution des menaces -
En février, les deux élus avaient qualifié Le Louvre d'"État dans l'État", une expression à nouveau "assumée" mercredi.
Parmi les autres préconisations, ils demandent une augmentation des moyens dans l'ensemble des musées, et de faire passer de 30 à 50 millions d'euros annuels la dotation du fonds de sûreté, créé par l'ancienne ministre Rachida Dati, après le cambriolage au Louvre (aide à la mise aux normes des dispositifs sécurité).
M. Corbière réclame aussi de "plus que doubler les effectifs de la Mission sécurité, sûreté et audit" du ministère de la Culture, qui compte aujourd'hui cinq personnes.
Constatant une "évolutions des menaces" - des vols plus violents, des cyberattaques, un attrait pour l'or, les pierres précieuses ou la porcelaine chinoise - le rapport plaide pour "formaliser une doctrine nationale (...) comprenant une mise à jour de la cartographie des risques".
Constatant la précarité au sein des agents de sûreté, le rapporteur plaide pour davantage de recrutements de titulaires et "une revalorisation salariale" de ces métiers.
Dans ce contexte chargé, M. Corbière s'est enfin interrogé sur "la pertinence" du plan "Louvre Nouvelle Renaissance", annoncé en 2025 par Emmanuel Macron, pointant le risque d'une surfréquentation du musée.
X.Quintero--LGdM