Incendie d'un bar en Suisse : le propriétaire français placé en détention provisoire pour trois mois
Un tribunal du canton du Valais a ordonné lundi le placement en détention provisoire de Jacques Moretti, copropriétaire avec son épouse du bar de la station de ski suisse de Crans-Montana incendié la nuit du nouvel an, pour une durée initiale de trois mois, a indiqué à l'AFP une source proche du dossier.
"Madame Jessica Moretti a pris connaissance de la décision prononcée par le Tribunal des mesures de contrainte il y a quelques instants", ont indiqué leurs avocats, dans un communiqué.
Le couple de Français, principaux mis en cause dans l'enquête ouverte après cette tragédie qui a fait 40 morts et 116 blessés, a été entendu par le ministère public à Sion, dans le Valais, pendant plus de six heures vendredi.
Après cette audition, le ministère public du canton du Valais avait immédiatement demandé au Tribunal des mesures de contrainte la mise en détention provisoire de M. Moretti, estimant que "compte tenu de ses déclarations, de son parcours de vie et de sa situation en Suisse et à l'étranger", le risque de fuite était "concret".
Cette privation de liberté était réclamée depuis une semaine par les avocats des familles des victimes, très critiques sur la façon dont la procédure est menée par les autorités cantonales jusqu'à présent, notamment au regard de la liberté concédée au couple de propriétaires.
Au sujet de Jessica Moretti, le ministère public a estimé vendredi que "vu son parcours et ses attaches personnelles (...) une demande de mesures de substitution permettait de pallier le risque de fuite".
"Ce matin, le père d'un enfant brûlé vif m'a dit +Il est mort comme à la guerre, alors désormais c'est la guerre+. Nous ne pouvons donc qu'être très imparfaitement satisfaits du placement en détention provisoire, pour l'heure, du seul exploitant. Chacun vivra avec sa conscience", a réagi auprès de l'AFP Me Sébastien Fanti, qui représente quatre familles de blessés.
Me Romain Jordan, qui représente plusieurs familles, n'a pas souhaité faire de commentaire. "Mes mandants se préoccupent en revanche beaucoup du risque de voir des preuves détruites ou altérées, des témoignages influencés ou pollués. Quelles sont les mesures prises pour y pallier ?" a-t-il relevé.
- "Négligence" -
D'après les premiers éléments de l'enquête, le drame a été provoqué par des bougies étincelantes entrées en contact avec une mousse acoustique posée au plafond du sous-sol de l'établissement.
Des interrogations portent aussi sur la présence et l'accès aux extincteurs, et la conformité des voies de sortie de ce bar, Le Constellation. Le couple est soupçonné d'"homicide par négligence, de lésions corporelles par négligence et d'incendie par négligence".
Au terme de l'instruction ouverte, le ministère public du Valais décidera de classer l'affaire ou d'émettre un acte d'accusation en vue d'un éventuel procès. En attendant, la présomption d'innocence prévaut.
Le couple de Français avait déjà été entendu par les enquêteurs, quelques heures après le drame "à titre de personnes appelées à donner des renseignements".
Jacques Moretti avait alors expliqué aux enquêteurs avoir découvert juste après l'incendie qu'une "porte de service" était "verrouillée de l'intérieur", selon des extraits de procès verbaux publiés par plusieurs médias français et suisses, dont l'authenticité a été confirmée à l'AFP de source proche du dossier.
Il raconte avoir retrouvé plusieurs personnes étendues derrière cette porte après l'avoir ouverte.
La commune de Crans-Montana a de son côté reconnu qu'aucune inspection sécurité et incendie du bar n'avait été effectuée depuis 2019, suscitant la consternation de certaines familles.
O.Escareno--LGdM